Lettre ouverte à Monsieur Luc Vigneron Imprimer
Par CFDT, CFTC, CGT, FO   
Lundi, 12 Avril 2010

Monsieur le Président,

Les 18 février, 11 mars, 18 mars et 1er avril sont les dates des journées nationales d'actions, de mobilisation des salarié(e)s de Thales d'ampleur encore jamais atteinte. Des milliers de salarié(e)s se sont rassemblés dans les divers sites de Thales, certains ont été bloqués. 13000 signatures de protestation ont appuyé les mouvements dès le 11 février. Ces temps forts auront marqué profondément le quotidien de notre Groupe.

Face à une Direction qui, si elle les entend, ne les écoute pas, lors de ces quatre journées, mais également à travers les nombreux débrayages, rassemblements et occupations dans les établissements et sociétés du Groupe, les salarié(e)s de Thales vous ont exprimé leur désarroi, leur désapprobation et leur mécontentement concernant la politique salariale menée pour l'année 2010.

La Direction des Ressources Humaines de Thales, mandatée par vos soins, est revenue à la table des négociations avec quelques « mesurettes » et signalant par la-même aux organisations syndicales qu'à ses yeux le temps des NAO était définitivement clos.

Monsieur le Président, pensez-vous réellement que ces mesures, perçues par les salarié(e)s comme à la limite du tolérable et du respect, d'autant que leur étalement sur six semaines aura encore exaspéré leur mécontentement, suffiront à apaiser le climat social de Thales?

Cet élan national des salarié(e)s du Groupe Thales vous montre et démontre à leur Directions respectives le « ras le bol » de salarié(e)s qui sont déboussolés, malmenés, qui souffrent de la non reconnaissance du travail fourni.

Alors quelle confiance peuvent-ils accorder à une Direction pour qui, à leurs yeux, le facteur humain est le cadet de ses soucis?

Sans réduire l'importance des causes premières de ce mouvement, le mal est bien plus profond car, au delà des salaires, c'est bien la gouvernance qui est mise en cause. Les salarié(e)s, qui malgré vent et tempête conservent leur conscience professionnelle, sont ballottés, malmenés, perdent leurs repères, ne se reconnaissent plus dans leur Entreprise, et ceci quel que soit leur niveau dans l'échelle hiérarchique:


  • ce sont les entretiens d'évaluation de fin d'année qui se passent mal, amplifiés par la sélectivité, nombre de salarié(e)s se trouvant brutalement positionnés, malgré leur expertise et leurs compétences, en « consolidation » voire en « construction »!!!!!
  • c'est l'ambiance délétère qui règne du fait d'une organisation qui tarde trop à se mettre en place, et fait l'impasse sur une concertation nécessaire si l'on veut qu'elle ait une chance d'être partagée,
  • c'est une perspective stratégique peu lisible,
  • c'est le climat de défiance largement perceptible par chacun,
  • ce sont les nouvelles exigences de rentabilité, mal comprises, mal expliquées, aux finalités illisibles sinon perçues comme des menaces sur l'emploi.

Désillusion, découragement et résignation guettent!

Nous constatons une démission forcée de salarié(e)s par désappointement, qui nuit et nuira à notre bon fonctionnement collectif. L'intérêt de l'Entreprise est de prévenir la fuite et l'inertie de ses talents. Pour « gagner des marchés » le véritable capital de Thales est le savoir-faire de son personnel et Thales n'a de réelle valeur que celle de ses salarié(e)s.

Monsieur le Président, nous vous demandons de prendre en considération le malaise des salarié(e)s de Thales qu'il vous est aujourd'hui facile de mesurer.

Seule une dynamique sociale de qualité peut construire un groupe solide dans un monde économique secoué par une crise structurelle. La pérennité du Groupe Thales requiert l'engagement du personnel dans une Entreprise où il se reconnaît. Pour ceci, il faut susciter son enthousiasme, ce qui à première vue n'est pas gagné; lui donner la possibilité d'exprimer la richesse de sa personnalité et prendre en considération ses talents. C'est votre défi et votre responsabilité.

Vous avez la responsabilité de donner les signes permettant de débloquer la situation en prenant la mesure du malaise et en donnant l'impulsion répondant aux demandes exprimées ci-dessus et appuyées par la pétition annexe à cette lettre qui vous sera remise lors de l'Assemblée Générale des Actionnaires le 20 mai prochain.

Recevez, Monsieur le Président, nos sincères salutations,

Les syndicats CFDT, CFTC, CGT, FO

Levallois, le 12 avril 2010